Les 3 facteurs de succès

Le secteur financier ne peut toutefois remplir ces missions de base de façon optimale que dans la mesure où trois facteurs de succès sont présents :

  • Les banques doivent pouvoir mener un dialogue ouvert avec toutes les parties prenantes.
  • Les banques doivent pouvoir maintenir un modèle de rendement suffisamment durable.
  • La société doit rester réaliste dans ses exigences envers les banques.

Dialogue

Le passé nous a appris qu’un dialogue sain était possible et que, grâce à ce dialogue, des résultats appréciables pouvaient être atteints. Le moratoire volontaire sur la commercialisation de produits financiers particulièrement complexes, conclu en août 2011 entre le secteur financier et l’autorité de contrôle, la FSMA (Autorité des services et marchés financiers), en est un exemple frappant.

De même, le cadre de 2012 pour épargner, investir et emprunter de façon socialement responsable (voir http://produitsdurables.febelfin.be) est le fruit d’ une concertation constructive avec des ONG et les pouvoirs publics, de même que le trajet d’ accompagnement élaboré pour Ford Genk, ArcelorMittal et Caterpillar.

Ce trajet d’accompagnement est né après l’annonce de la fermeture de l’usine Ford à Genk, et il s’ est vu étendu lorsque les restructurations d’ArcelorMittal et de Caterpillar ont été annoncées à Liège et à Charleroi. Il permet de cartographier l’impact financier et social des entreprises touchées et de leurs fournisseurs afin de permettre aux institutions financières de rechercher une solution adaptée avec les entreprises. De plus, le trajet d’accompagnement doit encourager chacun, même les personnes qui ne travaillent pas chez Ford, chez ArcelorMittal ou chez Caterpillar, à rencontrer son banquier lorsqu’il est confronté à des problèmes financiers.

Le trajet d’accompagnement a offert l’exemple type d’un dialogue constructif entre le secteur et les autorités, qui a aussi permis d’aboutir rapidement à un résultat concret pour les clients concernés. La réglementation sur le précompte mobilier et la cotisation supplémentaire sur l’épargne (appelées 21+4 %) a montré clairement que ce manque de dialogue pouvait cependant aussi avoir des conséquences néfastes involontaires. Cette réglementation, entre-temps remplacée par une autre, a coûté au secteur financier des investissements supplémentaires non négligeables dans l’informatique. Le secteur financier est convaincu qu’un dialogue solide peut permettre d’éviter de tels problèmes à l’ avenir.

Le rendement durable

Ces dernières années, les institutions financières ont beaucoup travaillé pour améliorer leur liquidité et leur solvabilité. Le total du bilan a été réduit de 27,1 %. Le capital Core Tier 1, appelé aussi fonds propres de base, a augmenté de 16,6 % et le ratio entre les fonds propres et le total du bilan a reculé de 38,7 %. La mesure dans laquelle les banques dépendent des marchés financiers pour financer leur bilan a diminué de 30 % pendant la même période. Nos banques sont ainsi devenues plus fortes et plus résistantes.

Il convient cependant aussi de veiller à ce que les institutions financières continuent à générer une rentabilité suffisamment durable. Pour poursuivre la consolidation des bilans tout en continuant à financer l’économie, en périodes de croissance économique moindre ou soutenue, un certain niveau de rentabilité doit être préservé sur les fonds propres. Une partie du bénéfice devra en effet être affecté au renforcement du bilan et une autre à la rémunération des actionnaires.

La quête d’une plus grande stabilité des banques et du système financier ne peut pas amener à un démantèlement trop poussé des institutions financières, parce qu’il produirait un impact direct sur la valeur ajoutée des banques et sur la mesure dans laquelle elles peuvent répondre à la demande de crédit. Dans cette optique, il faut donc permettre aux institutions financières de maintenir une rentabilité suffisamment durable.

Personne dans le secteur ne songe à revenir aux rendements qui précédaient la crise, mais à l’autre extrémité, la situation inverse est tout aussi malsaine. Un secteur financier durable et vital doit être solvable et disposer de liquidités suffisantes, mais il doit aussi être rentable. Dans cette optique, la rentabilité n’est pas un but en soi, mais bien un moyen de permettre aux institutions financières d’assurer leurs missions de base et de continuer à financer l’économie en périodes de croissance économique moindre ou soutenue.

Un secteur dont l’autorité de contrôle attend à juste titre qu’il affecte une partie de ses bénéfices au renforcement de ses fonds propres, a besoin d’un rendement suffisamment durable pour pouvoir continuer à exercer son activité principale.

Actuellement, la rentabilité du secteur risque cependant d’être tellement comprimée qu’il devienne difficile de continuer à garantir le financement de la croissance économique future. Il s’agit là d’un point crucial, notamment sous la pression de la nouvelle réglementation.

Exigences réalistes

  • L'opinion publique demande aux banques de ne plus prendre aucun risque, mais de continuer dans le même temps à octroyer des crédits bon marché. Elle oublie ainsi notamment que l’octroi de crédit implique par définition une certaine forme de risque et que ce risque entraîne aussi un coût.
  • Le législateur exige que les banques se financent davantage sur le long terme, tout en rendant ce même financement à long terme plus risqué et donc plus onéreux. Les nouvelles règles de l’UE en cours d’élaboration (baptisées bail-in) prévoient en effet la possibilité que les investisseurs à long terme soient mis à contribution quand une banque sera confrontée à des difficultés. Cette mesure produira inévitablement un impact sur les primes de risque calculées sur les instruments de financement à long terme.
  • Le législateur impose aux banques de réduire leur bilan et leur effet de levier, mais les responsables politiques exigent parallèlement que ces mêmes banques octroient plus de crédits, et augmentent donc leur bilan.
  • Les responsables politiques et l’opinion publique exigent que les banques ne soient pas complexes, mais qu’elles financent dans le même temps une économie de PME ouverte et complexe, fortement orientée vers l’international, et ce, dans un cadre réglementaire de plus en plus complexe.
  • Les banques sont priées de mieux rémunérer les livrets d’épargne, mais sans augmenter le taux des crédits qui sont financés par cette épargne.

Face à de telles exigences souvent contradictoires, il est impossible pour une institution financière de continuer à fonctionner et de respecter ses engagements dans la nouvelle réalité économique. Pour y arriver, les 3 facteurs de succès doivent être présents dans une large mesure.