Les causes de la crise financière – économique : l’analyse de Ben Bernanke

Le président de la Réserve fédérale, Banque centrale américaine, Ben Bernanke, a qualifié la crise de 2008 de ‘crise de panique financière classique’.

En réalité, Bernanke établit une distinction entre deux aspects de la crise: les déclencheurs et les fragilités. Parmi les déclencheurs (les événements et les causes qui ont enflammé la crise), Bernanke classe par exemple le système des subprimes, la bulle immobilière aux États-Unis et l’endettement excessif des pouvoirs publics et, dans certains cas aussi, des consommateurs. Mais Bernanke ajoute d’emblée que des causes de cet ordre de grandeur n’auraient jamais provoqué une crise financière de cette amplitude sans les fragilités, les défaillances structurelles du système financier, et le fonctionnement de la réglementation et du contrôle exercé sur ce système. ‘Tant la crise des subprimes que la bulle immobilière étaient relativement limitées en comparaison de l’impact disproportionné qu’elles ont produit sur le système’, constate Bernanke.

Selon Bernanke, les fragilités du système financier sont multiples. Elles se traduisaient par l’effet de levier (trop) élevé (le ratio entre les fonds propres de base et le total du bilan) d’un certain nombre d’institutions financières, par leur dépendance excessive envers le financement à court terme, par leur gestion défaillante des risques et par un usage parfois trop abondant d’instruments financiers exotiques et opaques. Mais elles ont aussi été mises en lumière par les lacunes du contrôle, qui ont permis à d’importants acteurs du système financier d’échapper à un contrôle adéquat. De plus, comme le contrôle était plutôt micro-prudentiel (axé sur les institutions) que macro-prudentiel (plus attentif au système financier), le risque de contagion n’a pas non plus suscité de l’attention avant qu’il soit trop tard. Ces fragilités, argumente Bernanke, ont exacerbé les déclencheurs au point d’atteindre le niveau de la crise financière dont le monde se remet aujourd’hui.

Bernanke constate que les fragilités étaient surtout liées à l’utilisation de techniques issues du système bancaire parallèle, un système qui fonctionne en fait comme une banque, sans être soumis au même niveau de contrôle. Le système bancaire parallèle a créé, avec l’utilisation excessive de techniques telles que la titrisation et une trop grande dépendance envers des instruments du marché monétaire par exemple, des asset backed commercial paper conduits (ABCP) ou des banques d’investissement pour financer des actifs non liquides avec de l’argent à court terme. Ce système bancaire parallèle échappait à la réglementation prudentielle qui s’appliquait pourtant bien aux banques. ‘Cette fuite mondiale du système financier régulier, dit Bernanke aujourd’hui, était néfaste pour le système financier.’

En outre, il s’est avéré que la gestion des risques et les systèmes de contrôle de certaines banques n’étaient pas toujours conformes à l’évolution de l’innovation financière, observe Bernanke. De ce fait, un certain nombre de grandes institutions financières contrôlaient mal leurs risques, provoquant une diversification insuffisante. Elles pouvaient encore à peine contrôler la qualité de certains actifs sous-jacents de leur portefeuille d’investissement. Les autorités de contrôle ont aussi leur part de responsabilité parce qu’il leur arrivait de trop se concentrer sur la santé des marchés et des banques individuelles, et non sur la santé du système.