Mot de Koen Geens, Ministre des Finances

Pour de nombreux citoyens européens, la crise économique reste une réalité quotidienne dont nous devons tenir compte en tant que décideurs politiques. Tourner la page prendra du temps et nécessitera de poursuivre les réformes structurelles. Ces dernières années, nous avons jeté les bases d’  un redressement économique durable. Le renforcement de la supervision économique de l’UE est déjà perceptible sur le terrain et un accord sur l’intégration du contrôle financier ouvre la perspective d’une concrétisation prochaine de l’Union bancaire. L’euro a quitté la zone de danger, et les marchés financiers sont sortis des turbulences.

Cette stabilité financière est la condition sine qua non d’un redressement économique. Elle se fait au prix de profondes réformes, tant au niveau de l’architecture du contrôle financier que du secteur proprement dit. J’ai pleinement conscience que ces réformes ne sont souvent pas simples. Et il ne m’échappe pas qu’un grand nombre d’importantes réformes sont encore à prévoir. Mais je sais aussi que ces réformes sont indispensables. Les premiers signes de redressement nous encouragent à persévérer. Nous ne pouvons pas commettre l’erreur historique de faire fi des leçons de la crise passée.

Pour ma part, j’estime qu’une nouvelle réglementation financière doit remplir les critères suivants :

Premièrement, nous devons entretenir la dynamique politique sous-tendant l’Union bancaire. L’accord européen de décembre dernier sur l’intégration d’un contrôle financier à partir de Francfort est une première étape cruciale. Un contrôle adéquat est le meilleur moyen d’éviter qu’une banque ne se retrouve en difficulté. Mais nous ne pouvons pas en rester là. Un contrôle intégré doit être complété par un mécanisme de résolution et de garantie des dépôts. Opter pour une manière, à la fois sûre au plan juridique et prévisible, de régler le problème des banques en difficulté, tout en protégeant le contribuable et l’épargnant, est le meilleur moyen d’éviter l’aléa moral et de préserver la stabilité financière

Ensuite, les banques doivent continuer de remplir pleinement leur fonction d’intermédiation classique. Sans vouloir surestimer l’impact de la réglementation, c’est le rôle du gouvernement de donner un élan à cette tâche. L’épargne belge doit pouvoir continuer à alimenter l’économie réelle. Un mix sain des moyens de financement et un bon accès à ce financement pour les PME sont cruciaux dans ce cadre.

Le troisième défi est probablement le plus important : restaurer la confiance. Dans l’octroi de crédit, la confiance est un élément clé. Des tampons de capital renforcés et un contrôle plus aigu peuvent générer de la confiance dans le secteur financier. Pour restaurer par contre la confiance du citoyen d’une manière durable, le secteur doit également se mettre à l’écoute de la société. Voilà pourquoi l’importance de l’agenda stratégique ne peut pas être sous-estimée. Je me réjouis que cet exercice contienne des engagements concrets pour créer un secteur financier durable et vital.

Un secteur financier durable doit être, en effet, vital. Nos banques doivent être solides et stables si elles veulent soutenir le réseau des entreprises axées sur l’exportation que détient la Belgique. En Belgique, des dizaines de milliers de gens travaillent dans le secteur financier. Nous devons en être fiers. Chaque fois que nous tirons des leçons de la crise d’ hier, pour demain, nous devons trouver le juste équilibre entre ce qui est souhaitable et ce qui est faisable. À la fin, cet exercice nous renforcera tous.

Je vous souhaite une agréable lecture.

 

Koen Geens
Ministre des Finances, chargé de la Fonction publique